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Chapitre I - L'attitude mentale bouddhiste
- Chapitre II - La première Noble Vérité : Dukkha - Chapitre III - La seconde Noble Vérité : Samaduya, l'apparition de Dukkha - Chapitre IV - La troisième Noble Vérité : Nirodha, La cessation de Dukkha - Chapitre V - La troisième Noble Vérité : Magga, Le Sentier - Chapitre VI - La doctrine du Non-Soi : Anatta - Chapitre VII - Méditation ou culture mentale : Bhãvanã - Chapitre VIII - La morale bouddhiste et la société L'ENSEIGNEMENT DU BOUDDHA d'après les textes les plus anciens Ouvrage écrit par le révérend Walpola Rahula en 1961. Chapitre
I - L'attitude mentale bouddhiste
«
Le Bouddha fut, parmi les fondateurs de religions, le seul
instructeur qui ne prétendit pas être autre chose
qu'un
être humain pur et simple. D'autres maîtres ont
été des incarnations divines ou se dirent
inspirés
par Dieu. Le Bouddha fut non seulement un être humain, mais
il ne
prétendit pas avoir été
inspiré par un dieu
ou par une puissance extérieure. Il attribua sa
réalisation et tout ce qu'il acquit et accomplit, au seul
effort
et à la seule intelligence humaine. Un homme, seulement un
homme, peut devenir Bouddha. Chacun possède en
lui-même la
possibilité de le devenir, s'il le veut et s'il en fait
l'effort. [...]
La situation humaine est suprême selon le bouddhisme. L'homme est son propre maître et il n'y a pas d'être plus élevé, ni de puissance qui siège au-dessus de lui, en juge de sa destinée. » (p17) « La liberté de pensée permise par le Bouddha ne se rencontre nulle par ailleurs dans l'histoire des religions. Cette liberté est nécessaire, selon lui, parce que l'émancipation de l'homme dépend de sa propre compréhension de la Vérité, et non pas de la grâce bénévolement accordée par un dieu ou quelque puissance extérieure en récompense d'une conduite vertueuse et obéissante. » (p18) « C'est toujours une question de connaissance et de vision, non de croyance. L'enseignement du Bouddha est qualifié ehi-paasika, vous invitant à venir voir et non pas à venir croire. » (p27) « Le Bouddha résidait une fois dans la forêt de Simsapã à Kosambi. Il prit quelques feuilles dans sa main et demanda à ses disciples : Que pensez-vous, ô bhikkus ? Quelles sont les plus nombreuses ? Ces quelques feuilles dans ma main ou les feuilles qui sont dans la forêt ? - Seigneur, très peu nombreuses sont les feuilles tenues dans la main du Bienheureux, mais certainement les feuilles dans la forêt de Simsapã sont beaucoup plus abondantes - De même, bikkhus, de ce que je sais, je ne vous ai dit qu'un peu, ce que je ne vous ai pas dit est beaucoup plus. Et pourquoi ne vous ai-je pas dit (ces choses) ? Parce que ce n'est pas utile et ne conduit pas au Nirvãna. C'est pourquoi je ne vous ai pas dit (ces choses). » (p31) « Le Bouddha ne s'intéressait pas à la discussion de questions de métaphysiques inutiles, qui sont purement spéculatives et qui créent des problèmes imaginaires. » (p31) « Le coeur de l'enseignement du Bouddha est contenu dans les Quatre Nobles Vérités qu'il exposa dans son premier sermon devant ses anciens compagnons, les cinq ascètes, à Isipatana, près de Bénarès. Les Quatre Nobles Vérités sont : 1. Dukkha, 2. Samudaya, l'apparition ou l'origine (de dukkha), 3. Nirodha, la cessation (de dukkha), 4. Magga, le sentier (qui conduit à la cessation de dukkha). » (p35)
Chapitre
II - La première Noble Vérité : Dukkha
Dukkha « La première Noble Vérité est généralement traduite par la plupart des érudits : La Noble Vérité de la souffrance, et elle est interprétée comme signifiant que la vie ne serait, selon la Bouddha, que souffrance et douleur. [...] Mais le terme dukkha en tant qu'il exprime la Première Noble Vérité qui représente le point de vue du Bouddha sur la vie et le monde revêt un sens plus profondément philosophique et comporte des significations beaucoup plus étendues. On admet que le mot dukkha, dans l'énoncé de la première Noble Vérité, comporte évidemment le sens courant de souffrance, mais qu'en plus il implique les notions plus profondes d' imperfection, d' impermanence, de conflit, de vide, de non-substantialité. » (p36) « Dans l' Anguttara-nikãya qui est l'un des recueils originaux en pali contenant les discours du Bouddha, on trouve une énumération de différentes formes de bonheur (sukhãni) tel que le bonheur de la vie en famille, de la vie solitaire, des plaisirs des sens, du renoncement, de l'attachement et du détachement, le bonheur physique et le bonheur mental... Mais tout cela est inclus dans dukkha. [...] Ces états sont dukkha non parce qu'ils comporteraient de la souffrance au sens ordinaire, mais parce que tout ce qui est impermanent est dukkha. » (p37) « La notion de dukkha peut être considérée de trois points de vue différents : 1. dukkha en tant que souffrance ordinaire, 2. dukkha en tant que souffrance causée par le changement, et 3. dukkha en tant qu'état conditionné. » (p38) « Toutes sortes de souffrance, comme la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, l'association avec des personnes désagréables ou la dépendance de conditions déplaisantes, la séparation des êtres aimés ou la perte des conditions plaisantes, ne pas obtenir ce qu'on désire, la douleur, les lamentations, la détresse _ toutes les formes analogues de souffrance physique et mentale, qui sont universellement admise comme souffrance, sont comprises dans dukkha en tant que souffrance ordinaire. Un sentiment heureux ou une condition de vie heureuse, n'est pas permanent, n'est pas éternel. Un changement interviendra tôt ou tard. Quand il survient, il y a douleur, souffrance, peine. Cette vicissitude est comprise dans dukkha en tant que souffrance produite par le changement. Il est facile de comprendre les deux aspects de dukkha que l'on vient de mentionner. Personne ne les niera. Ces deux aspects de la Première Noble Vérité sont plus connus parce qu'ils sont faciles à comprendre, et font partie de l'expérience courante de notre vie quotidienne. Mais le troisième aspect de dukkha en tant qu'état conditionné est l'aspect philosophique le plus important de la Première Noble Vérité. Cet aspect nécessite quelques explications et il nous faudra analyser ce qu'on entend par être, individu ou moi. » (p39) « Ce que nous nommons être, individu ou moi, c'est seulement, selon la philosophie bouddhiste, une combinaison de forces ou d'énergies physiques et mentales en perpétuel changement, qu'on peut diviser en cinq groupes ou agrégats. » (p39) Les Cinq Agrégats « Les Cinq Agrégats : Le premier est l'agrégat de la Matière. On désigne sous ce terme les quatre grands évènements traditionnels (symbolisés par la terre, l'eau, le feu, l'air) : solidité, fluidité, chaleur, mouvement et aussi les dérivés de ces quatre grands éléments. Sous ce terme de dérivés des quatre grands éléments, on comprend les cinq organes matériels des sens [...] et les objets qui leur correspondent dans le monde extérieur, c'est-à-dire les formes visibles, les sons, les odeurs, les saveurs et les choses tangibles, et également telles pensées, idées et conceptions qui appartiennent au domaine des objets mentaux. Le domaine de la matière, tant intérieur qu'extérieur, est ainsi englobé dans ce qu'on appelle l'Agrégat de la Matière. » (p40) « Le second est l'agrégat des Sensations. Sont comprises dans ce groupe toutes les sensations, plaisantes, déplaisantes ou neutres, que nous éprouvons dans les contacts des organes physiques et de l'organe mental avec le monde extérieur. Celles-ci sont de six sortes : sensations nées du contact de l'oeil avec les formes visibles, [...] et de l'organe mental (qui constitue la sixième faculté dans la philosophie bouddhiste) avec les objets mentaux, pensées ou idées. Toutes nos sensations, qu'elles soient d'ordre physique ou mental, sont comprises dans ce groupe. » (p40) « Il faut bien comprendre que l'organe mental n'est pas l' esprit par opposition à la matière. [...] Pour le bouddhisme, l'organe mental est seulement une faculté ou un organe au même titre que l'oeil ou l'oreille. [...] La différence entre l'oeil et l'organe mental, en tant que facultés, réside seulement en ce que le premier perçoit le monde des couleurs et des formes visibles, tandis que le second perçoit le monde des idées, des pensées, qui sont les objets mentaux. » (p41) « Le troisième est l'agrégat des Perceptions. De même que les sensations, les perceptions sont également de six sortes, en relation avec les six facultés intérieures et les six sortes d'objets extérieurs. Comme les sensations, elles résultent de la mise en rapport de nos six facultés avec le monde extérieur. Ce sont les perceptions qui reconnaissent les objets physiques ou mentaux. » (p42) « Le quatrième agrégat est l'Agrégat des Formations Mentales. Ce groupe comprend tous les actes volitionnels bons ou mauvais. [...] La volition est une construction mentale, une activité mentale. Sa fonction est de diriger l'esprit dans la sphère des actions bonnes, mauvaises ou neutres. » (p42) « Le cinquième agrégat est l'Agrégat de la Conscience. La conscience est une réaction, une réponse, qui a pour base une des six facultés (oeil, oreille, nez, langue, corps et esprit) et qui a pour objet un des phénomènes extérieurs correspondant (formes visibles, sons, odeurs, saveurs, choses tangibles et objets mentaux). » (p43) « Il faut bien comprendre que la conscience ne reconnaît pas un objet, elle est seulement un acte d'attention, d'attention à la présence d'un objet. Quand l'oeil entre en contact avec une couleur, le bleu par exemple, la conscience visuelle qui apparaît n'est simplement qu'attention à une couleur (le fait de s'aviser de la présence d'une couleur) ; mais elle ne reconnaît pas que c'est du bleu. Il n'y a pas de reconnaissance à ce stade. C'est la perception qui reconnaît que la couleur est bleue. » (p43) « Le Bouddha a déclaré en termes non équivoques que la conscience dépend de la matière, de la sensation, de la perception et des formations mentales et qu'elle ne peut exister indépendamment de ces conditions. » (p45) « Ce que nous appelons un être, un individu ou moi, est un noms commode, une étiquette que nous attachons à la combinaison de ces cinq éléments. Ceux-ci sont tous impermanents, en perpétuel changement. Tout ce qui est impermanent est dukkha. C'est la véritable signification de ces mots du Bouddha : En résumé, les cinq Agrégats d'Attachement sont dukkha. » (p45) « [...] Comme l'a dit le Bouddha à Ratthapãla : Le monde est un flux continu et il est impermanent. Une chose disparaît, conditionnant l'apparition de la suivante en une série de causes et d'effets. Il n'y a pas de substance invariable. Il n'y a rien derrière ce courant qui puisse être considéré comme un Soi permanent, une individualité qui puisse être appelé réellement moi. Mais quand ces cinq Agrégats physiques et mentaux, qui sont interdépendants, travaillent ensemble, en association, comme une machine psycho-physiologique, nous formons l'idée d'un moi. » (p45) « Il n'y a pas de moteur immobile derrière le mouvement. Il y a seulement le mouvement. Ce n'est pas correct de dire que c'est la vie qui si meut, ce qui est vrai, c'est que la vie est le mouvement lui-même. Vie et mouvement ne sont pas deux choses différentes. Il n'y a pas de penseur derrière la pensée. La pensée est elle-même le penseur. Nous ne pouvons pas manquer ici de remarquer combien cette idée bouddhiste s'oppose diamétralement au cogito ergo sum cartésien : Je pense, donc je suis. » (p46) « Telle est, en résumé, la signification de la Noble Vérité sur dukkha. Il est capital de comprendre cette première Noble Vérité, car le Bouddha dit : Celui qui voit dukkha, voit aussi la naissance de dukkha ; il voit aussi la cessation de dukkha et il voit aussi le sentier qui conduit à la cessation de dukkha. » (p47)
« La Seconde Noble Vérité est celle de l'apparition, ou de l'origine de dukkha. La définition la plus courante et la mieux connue [...] est la suivante : C'est cette « soif » (ardent désir, tanhã) qui produit la re-existence et le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve sans cesse une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, à savoir : 1. la soif des plaisirs des sens (kãma-tanhã), 2. la soif de l'existence et du devenir (bhava-tanhã) et 3. la soif de la non-existence (auto-annihilation, vibhava-tanhã). » (p50) « [...] cette soif a pour centre l'idée erronée de l'existence d'un soi qui provient de l'ignorance. Ici, le terme de soif comprend non seulement le désir et l'attachement au plaisir des sens, à la richesse, à la puissance, mais aussi l'attachement aux idées, aux idéaux, aux opinions, aux théories, aux conceptions et aux croyances. » (p51) « Ainsi, les termes soif, volition, volition mental, et karma ont tous le même sens. Ils signifient désir d'exister, de re-exister, de devenir, de croître de plus en plus, d'accumuler sans cesse. C'est la cause de l'apparition de dukkha. Ce désir se trouve dans l'Agrégat des formations mentales, l'un des cinq agrégats qui constituent un être. Nous rencontrons ici l'un des points les plus importants, absolument essentiel, de l'enseignement du Bouddha. Nous devons donc noter clairement, avec soin, et bien nous rappeler, que la cause, le germe de l'apparition de dukkha se trouve en dukkha même, que cette cause n'est pas extérieure. » (p52) Karma « Le mot pali kamma (karma en sanskrit) signifie littéralement acte ou action. Mais dans la théorie bouddhiste du karma, ce mot revêt un sens spécifique : celui d'action volontaire, et non pas de n'importe quelle action. » (p53) « La théorie du karma ne doit jamais être confondue avec une soi-disant justice morale, avec la notion de récompense ou de punition. [...] la théorie du karma est une théorie de causes et d'effets, d'action et de réaction ; elle exprime une loi naturelle qui n'a rien avoir avec l'idée d'une justice rétributive. Toute action qui est appuyée sur une volition produit ses effets, ses résultats. Si une bonne action produit de bons effets et une mauvaise action de mauvais effets, ce n'est pas une question de justice, ou de récompense ou de punition ordonnée par une puissance qui juge de la nature de l'action, cela résulte simplement de la nature propre de celle-ci, de sa loi propre. Ce n'est pas difficile de la comprendre. Mais ce qui est difficile à concevoir, c'est que, suivant la théorie karmique, les effets d'une action basée sur une volition puissent continuer à se manifester dans une vie posthume. » (p54) Mort et renaissance « Nous avons vu qu'un être n'est qu'une combinaison de forces ou d'énergies physiques et mentales. Ce que nous appelons mort, c'est l'arrêt complet du fonctionnement de l'organisme physique. Ces forces, ces énergies prennent-elles fin absolument avec la cessation du fonctionnement de l'organisme ? Le bouddhisme dit : non. La volonté, le désir, la soif d'exister, de continuer, de devenir, est une force formidable qui meut l'ensemble des vies, des existences, le monde entier. [...] Selon le bouddhisme, elle ne cesse pas d'agir avec l'arrêt du fonctionnement de notre corps, qui pour nous est la mort, mais elle continue à se manifester sous une autre forme, produisant une re-existence qu'on appelle renaissance. » (p54) « Ce que nous appelons vie, nous l'avons déjà répété, c'est la combinaison des cinq Agrégats, une combinaison d'énergies physiques et mentales. Celles-ci changent continuellement, elles ne restent pas identiques pendant deux instants consécutifs. Elles naissent et meurent à chaque instant. « Quand les Agrégats apparaissent, déclinent et meurent, ô bikkhus, à chaque instant vous naissez, vous déclinez, vous mourez ». Par conséquent, même pendant la durée de cette vie, nous naissons et mourons à chaque instant, et pourtant nous continuons d'exister. Si nous pouvons comprendre qu'en cette vie nous pouvons continuer à exister, sans qu'il y ait une substance permanente, immuable, telle qu'un Soi ou une Ame, pourquoi ne pouvons-nous pas comprendre que ces forces elles-mêmes puissent continuer à agir sans qu'il y ait en elles un soi ou une âme pour les animer après que l'organisme physique a cessé de fonctionner ? Lorsque ce corps physique n'est plus capable de fonctionner, les énergies ne meurent pas avec lui, mais elles continuent à s'exercer en prenant une autre forme, que nous appelons une autre vie. » (p55) « [...] De même un homme qui meurt ici et renaît ailleurs n'est ni la même personne ni une autre (na ca so na ca añño). C'est une continuité de la même série. La différence entre la mort et la naissance n'est qu'un instant dans notre pensée : le dernier instant de la pensée en cette vie conditionnera le premier dans ce qu'on appellera une vie suivante, qui n'est en fait que la continuation de la même série. Pendant cette vie même un instant de la pensée conditionne le suivant. » (p56)
Chapitre
IV - La troisième Noble Vérité :
Nirodha, La cessation de Dukkha
« La Troisième Noble Vérité est qu'il existe une émancipation, une libération de la souffrance, de la continuité de dukkha. Elle est appelée la Noble Vérité de la cessation de dukkha qui est le Nibbãna, plus connue sous son nom sanskrit de Nirvãna. Pour éliminer complètement dukkha, on doit en éliminer la racine principale, la soif, ainsi que nous l'avons vu plus haut. C'est pourquoi le Nirvãna est connu aussi sous le terme de Tanhakkhaya qui signifie extinction de la soif. » (p58) « Vous demanderez maintenant : Mais qu'est ce que le Nirvãna ? [...] Le langage a été créé et utilisé par la masse des êtres humains pour exprimer des choses et des idées qu'éprouvent leur sens et leur esprit. [...] Il n'y a donc pas de mots qui puissent exprimer cette expérience, de même que le vocabulaire d'un poisson ne pourrait pas comporter de termes exprimant la nature de la terre ferme. » (p58) « Nous ne pouvons pas néanmoins nous passer du langage. [...] On fait donc souvent allusion au Nirvãna à l'aide de termes négatifs comme Tanhakkhaya, extinction de la soif, Asmakhata, non-composé, inconditionné, Virãga, absence de désir, Nirodha, cessation, Nibbãna, extinction. » (p58) « Nous pouvons nous faire une idée du Nirvãna en tant que Vérité absolue d'après le Dhãtuvibhanga-sutta du Majjhima-nikãya. Ce discours, extrêmement important a été adressé à Pukkusãti que le Maître avait trouvé intelligent et sérieux [...]. Voici l'essentiel de ce qui nous intéresse ici : Un homme est constituée de 6 éléments : solidité, fluidité, chaleur, mouvement, espace et conscience. Il analyse ces éléments et découvre qu'aucun n'est moi ou mien. Il comprend comment la conscience apparaît et disparaît, comment les sensations plaisantes, déplaisantes ou neutres, apparaissent et comment elles disparaissent. Par suite de cette connaissance son esprit devient détaché. II découvre alors en lui-même une pure équanimité (upekhã) qu'il peut diriger vers n'importe quel haut été spirituel, et il sait que cette pure équanimité se maintiendra pendant une longue période de temps. Mais il pense : Si je dirige cette pure et claire équanimité vers la sphère de l'Espace infini et si je développe un esprit y correspondant, c'est une création mentale. Si je dirige cette pure et claire équanimité vers la sphère de la Conscience infinie, vers la sphère du Néant, vers ... et si je développe un esprit y correspondant, c'est une création mentale. Alors il ne crée pas mentalement et ne souhaite ni la continuation, ni le devenir (bhava), ni l'annihilation (vibhava). Comme il ne construit pas mentalement, comme il ne veut pas la continuité et le devenir, ni l'annihilation, il ne se cramponne à rien dans ce monde ; comme il ne s'attache à rien, il n'est pas anxieux ; comme il n'est pas anxieux, il est complètement apaisé. » (p61) « Il serait incorrect de penser que le Nirvãna est le résultat naturel de l'extinction du désir. Le Nirvãna n'est pas le résultat de quoi que ce soit. S'il était un résultat, il serait le produit d'une cause. Ce serait alors un samkhata produit et conditionné. Le Nirvãna n'est ni cause ni effet. Il est au-delà des causes et des effets. La vérité n'est ni un résultat, ni un effet. Elle n'est pas produite comme un état mental mystique, spirituel, comme dhyãna ou samãdhi. LA VERITE EST. LE NIRVANA EST. La seule chose que vous puissiez faire est de le voir, de le comprendre. Il y a un sentier qui y conduit. Mais le Nirvãna n'est pas le résultat du sentier. » (p63) « Quand la sagesse est développée et cultivée selon la quatrième Noble Vérité, elle découvre le secret de la vie, elle voit la réalité des choses telles qu'elles sont. Quand le secret est dévoilé, quand la Vérité est découverte, toutes les forces, qui produisent fébrilement dans l'illusion la continuité du samsãra, se calment ; elles deviennent incapables de produire de nouvelles formations karmiques, car il n'y a plus d'illusion, de soif, pour entretenir la continuité. C'est comme une maladie mentale qui se trouve guérie quand sa cause, son secret, est découvert et vu clairement par le malade. » (p66)
Chapitre V
- La quatrième Noble Vérité : Magga,
Le Sentier
« La quatrième Noble Vérité est celle du Sentier qui mène à la Cessation de dukkha. Celle-ci est connue sous le nom de Sentier du Milieu, parce qu'elle évite deux extrêmes : l'un étant la poursuite du plaisir des sens, ce qui est bas, commun, sans profit et la manière des gens ordinaires ; l'autre étant la recherche du bonheur qui repose au contraire sur la mortification selon différentes formes d'ascétisme, ce qui est douloureux, indigne et sans profit. Le Bouddha, ayant lui même essayé ces deux extrêmes et en ayant reconnu l'inutilité, découvrit, par expérience personnelle, le Sentier du Milieu, qui donne vision et connaissance, qui conduit au Calme, à la Vision profonde, à l'Eveil, au Nirvãna. On désigne généralement ce Sentier du Milieu sous le nom de Noble Sentier Octuple parce qu'il comporte huit catégories ou divisions : 1. Compréhension juste 2. Pensée juste 3. Parole juste 4. Action juste 5. Moyens d'existence justes 6. Effort juste 7. Attention juste 8. Concentration juste » (p68) « Ces huit facteurs visent à favoriser le développement et la perfection des trois éléments essentiels de l'entraînement et de la discipline bouddhiste : 1. Conduite éthique (Sila), 2. Discipline Mentale (Samãdhi), et 3. Sagesse (Paññã). » (p69) Conduite éthique « La Conduite éthique est fondée sur la vaste conception d'amour universel et de compassion pour tous les êtres vivants, ce qui est à la base de l'enseignement du Bouddha. [...] C'est pourquoi un vrai bouddhiste, comprenant avec intelligence et sagesse les choses telles qu'elles sont, est plein d'amour et de compassion pour tous les être vivants _ non seulement les humains, mais tous les êtres. » (p70) « La Conduite éthique, basée sur l'amour et la compassion, comprend trois facteur du Noble Sentier octuple : Parole juste, Action juste, Moyens d'existence juste. La Parole juste signifie l'abstention 1. du mensonge, 2. de la médisance, de la calomnie et de toute paroles susceptibles de causer la haine, l'inimitié, la désunion, la disharmonie entre les individus ou groupes de personnes, 3. de tout langage dur, brutal, impoli, malveillant ou injurieux, et enfin, 4. de bavardages oiseux, futiles, vains et sots. [...] Si l'on n'a rien d'utile à dire, on devra garder un noble silence. L'Action juste vise à promouvoir une conduite morale honorable et pacifique. Nous sommes exhortés à nous abstenir de détruire la vie, du vol, des transactions malhonnêtes, de rapport sexuels illégitimes, et aider les autres à mener, dans la voir droite, une vie pacifique et honorable. Les Moyens d'existence justes : cela signifie qu'on devra s'abstenir de gagner sa vie dans une profession nuisible aux autres, comme le commerce des armes et instruments meurtriers, le commerce des boissons enivrantes [...] » (p70) « Aucun développement spirituel n'est possible sans cette base morale » (p71) Discipline mentale « Vient ensuite la Discipline mentale qui comprend trois autres facteurs du Sentier octuple : l'Effort juste, l'Attention juste et la Concentration juste. L'Effort juste est la volonté énergique 1. de faire obstacle à l'apparition des états mentaux mauvais et malsains, 2. de se débarrasser des états néfastes existant chez l'homme, 3. de faire apparaître des états mentaux bons et sains qui n'existaient pas encore, 4. de développer et d'amener à la perfection les états mentaux bons et sains qui sont déjà présents. L'Attention juste consiste en une attention vigilante, à prendre soigneusement conscience 1. des activités du corps (kãya), 2. des sensations et des émotions (vedanã), 3. des activités de l'esprit (citta) et 4. des idées, pensées, conceptions et des choses (dhamma). Le troisième et dernier facteur de discipline mentale est la Concentration juste qui conduit aux quatre étapes de Dhyãna, qu'on désigne généralement par les mots transe et recueillement. A la première étape de Dhyãna sont repoussés les désirs passionnés, certaines pensées malsaines comme celle de concupiscence, de malveillance, de langueur, le tracas, l'excitation et le doute, mais sont conservés les sentiments de joie, de bonheur ainsi qu'une certaine activité mentale. A la seconde étape disparaissent toutes les activités mentales, tandis que la tranquillité et la fixation unificatrice de l'esprit se développent ; cependant les sentiments de joie et bonheur sont encore conservés. A la troisième étape le sentiment de joie, qui est une sensation active, disparaît aussi, tandis que persiste la disposition de bonheur avec une équanimité consciente. Enfin, à la quatrième étape de Dhyãna, toute sensation, même de bonheur ou de malheur, de joie ou de peine, disparaît ; seules l'équanimité et la pure attention demeurent. Ainsi l'esprit est entraîné, discipliné et développé par l'Effort juste, l'Attention juste et la Concentration juste. » (p72) Sagesse « [..] Les deux facteurs qui restent à étudier, Pensée juste et Compréhension juste, constituent la Sagesse. La Pensée juste concerne les pensées de renoncement, de détachement non-égoïste, les pensées d'amour et de non-violence étendues à tous les êtres. [...] La Compréhension juste à comprendre les choses telles qu'elles sont ; ce sont les quatre Nobles Vérités qui les expliquent telles qu'elles sont. Ainsi la compréhension juste se réduit finalement à la compréhension des quatre Nobles Vérités. » (p73) « Après ce bref exposé du Sentier, on voit qu'il est une manière de vivre qui peut être suivie, pratiquée, développée par chaque individu. C'est une discipline du corps, de la parole, de l'esprit, un développement et une purification par soi-même. Cela n'a rien à voir avec la croyance, la prière, l'adoration ou les cérémonies. » (p73)
Chapitre VI
- La doctrine du Non-Soi : Anatta
« Ce que suggèrent en général les mots Ame, Soi, Ego, ou pour employer le mot sanskrit Ãtman, c'est qu'il existe dans l'homme une entité permanente, éternelle et absolue qui est une substance immuable derrière le monde phénoménal changeant. » (p75) « Selon l'enseignement du Bouddha, l'idée du Soi est une croyance fausse et imaginaire qui ne correspond à rien dans la réalité et elle est la cause des pensées dangereuse de moi et mien, des désirs égoïstes et insatiables, de l'attachement, de la haine, et de la malveillance, des concepts d'orgueil, d'égoïsme et d'autres souillures, impuretés et problèmes. » (p75) « Il y a deux idées, psychologiquement enracinées dans l'individu : protection de soi et conservation de soi. Pour la protection de soi, l'homme a créé Dieu duquel il dépend pour se propre protection, sauvegarde et sécurité, de même qu'un enfant dépend de ses parents. Pour la conservation de soi, l'homme a conçu l'idée d'une âme immortelle ou Ãtman qui vivra éternellement. Dans son ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l'homme a besoin de ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c'est pourquoi il s'y cramponne avec fanatisme et acharnement. » (p76) « Nous avons vu antérieurement dans la discussion de la première Noble Vérité que ce que nous appelons un être ou un individu se compose des cinq Agrégats et que lorsqu'on les analyse et qu'on les examine, il n'y a rien derrière eux que l'on puisse prendre comme Je, Ãtman ou Soi ou quelque substance demeurant inchangée. Ceci est la méthode analytique. Le même résultat est atteint par la doctrine de la Production conditionnée (Paticca-samuppãda) qui est la méthode synthétique et d'après laquelle rien dans ce monde n'est absolu, toute chose étant conditionnée, relative et interdépendante. » (p77) Production Conditionnée « Sur ce principe de conditionnalité, relativité, interdépendance, l'existence toute entière, la continuité de la vie et sa cessation sont expliquée dans une formule détaillée qui est appelée Paticca-samuppãda, Production conditionnée, consistant en douze facteurs : 1. Par l'ignorance sont conditionnées les actions volitionnelles ou formation karmiques 2. Par les actions volitionnelle est conditionnée la conscience 3. Par la conscience sont conditionnés les phénomènes mentaux et physiques 4. Par les phénomènes mentaux et physiques sont conditionnés les six facultés (c'est-à-dire les cinq organes des sens physiques et l'esprit) 5. Par les six facultés est conditionné le contact (sensoriel et mental) 6. Par le contact est conditionné la sensation 7. Par la sensation est conditionné le désir (la soif) 8. Par le désir (la soif) est conditionné la saisie (l'action de saisir, d'attirer à soi) 9. Par la saisie est conditionné le processus du devenir 10. Par le processus du devenir est conditionné la naissance 11. Par la naissance sont conditionnés la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, ... C'est ainsi que la vie apparaît, existe et se continue. Si l'on prend cette formule dans son sens contraire on arrive à la cessation du processus : par la cessation complète de l'ignorance, les actions volitionnelles ou formations karmiques cessent ; par la cessation des activités volitionnelles, la conscience cesse ; ... ; par la cessation de la naissance, la décrépitude, la mort, les lamentations cessent. Mais on doit clairement comprendre que chacun des facteurs est conditionné (paticcasamuppanna) aussi bien que conditionnant (paticcasamuppãda). La production conditionnée doit être considérée comme un cercle et non comme une chaîne. » (p78) « C'est la vague sensation d'un JE SUIS qui crée cette idée de Soi qui n'a aucune réalité correspondante, et voir cette vérité c'est réaliser le Nirvãna _ ce qui n'est pas facile ! Il y a dans Samyutta-nikãya une conversation lumineuse sur ce point entre un bikkhu nommé Khemaka et un groupe de bikkhus. Ces moines demandent à Khemaka si dans les cinq Agrégats il voit un Soi ou quelque chose appartenant à un Soi. Khemaka répond Non. Alors les bikkhus disent que s'il en est ainsi, c'est qu'il doit être un Arahant libéré de toute impureté. Mais Khemaka confesse que bien qu'il ne trouve pas dans les cinq Agrégats, un Soi ou quelque chose appartenant à un Soi, Je ne suis pas un Arahant libéré de toute impureté. Amis, en rapport avec les cinq Agrégats d'attachement, j'ai la sensation JE SUIS, mais je ne vois pas clairement : ceci est JE SUIS. Puis Khemaka explique que ce qu'il appelle JE SUIS n'est ni matière, ni sensation, ni perception, ni formations mentales, ni conscience, ni quelque chose en dehors d'eux. Mais il a la sensation : JE SUIS en rapport avec les cinq Agrégats d'attachement bien qu'il ne puisse voir clairement ceci est JE SUIS. Il dit que c'est comme l'odeur d'une fleur qui n'est ni l'odeur des pétales, ni celle de la couleur, ni celle du pollen, mais l'odeur de la fleur. De plus, Khemaka explique que même une personne qui a atteint les premières étapes de réalisation conserve encore cette sensation de JE SUIS. Mais plus tard, quand elle a encore progressée, cette sensation de JE SUIS disparaît elle aussi, de même que l'odeur chimique d'une étoffe fraîchement lavée disparaît après un certain temps quand elle a été rangée dans un coffre. » (p92)
Chapitre VII
- Médiation ou culture mentale : Bhãvanã
« L'enseignement du Bouddha, particulièrement sa voie de méditation, vise à procurer un état de parfaite santé mentale, d'équilibre et de tranquillité. [...] Dès que le mot méditation est mentionné, on pense à une évasion des activités quotidiennes de la vie, à l'écart de la société. La véritable méditation bouddhique ne signifie nullement ce genre d'évasion. » (p94) « Le discours le plus important que le Bouddha a jamais donné sur le développement mental (méditation) est intitulé Satipatthãna-sutta, l' Etablissement de l'Attention. [...] Les manières de méditer indiquées dans ce discours ne sont pas retranchées de la vie, elles n'évitent pas la vie. Au contraire, elles sont toutes en rapport avec nos activités quotidiennes, avec nos tristesses et nos joies, avec nos paroles et pensées, avec nos occupations morales et intellectuelles. Le discours est divisé en quatre section principales : la première a trait à notre corps (kãya), la seconde à nos sensations (vedanã), la troisième à notre esprit (citta) et la quatrième section à des sujets moraux et intellectuels variés (dhamma). On doit comprendre clairement que, quelle que soit la forme de méditation, ce qui est essentiel, c'est l'attention, la prise de conscience (sati), l'observation (anupassanã). » (p96) Le corps « Un des exemples de méditation les plus connus, populaires et pratiques, concernant le corps, est l'attention à la respiration (ãnãpãnasati). [...] Vous inspirez et vous expirez jour et nuit, mais vous n'en avez pas conscience, vous ne concentrez jamais un seul instant votre esprit sur cet acte. Vous allez, maintenant, faire justement cela. Respirez comme d'habitude, sans aucun effort ni contrainte. Maintenant, que votre esprit se concentre sur l'inspiration et l'expiration ; qu'il les observe ; que votre esprit soit vigilant sur votre inspiration et votre expiration. Votre respiration peut être tantôt longue, tantôt courte. Cela importe peu. Respirez normalement et naturellement. La seule chose importante est que lorsque vous respirez longuement vous soyez conscient que vous respirez longuement ; que lorsque votre respiration est courte, vous en soyez conscient. Autrement dit, votre esprit doit être absolument concentré sur votre respiration de sorte que vous ayez bien conscience de ses mouvements et de ses changements de rythme. Oubliez tout le reste, tout ce qui vous entoure. Ne levez pas les yeux, ne regardez rien. Essayez de faire cela pendant cinq ou dix minutes. Vous aurez au début, beaucoup de mal à maintenir votre esprit concentré ainsi sur votre respiration. Vous aurez la surprise de constater comme il s'évade. [...] Tant que vous resterez conscient de vous-même, vous ne pourrez jamais vous concentrer sur rien. » (p97) « Une autre forme de méditation (de développement mental) consiste à vous rendre attentif à tout ce que vous faites, actes ou paroles, dans la routine quotidienne de votre travail, dans votre vie privée, publique ou professionnelle. Que vous marchiez, que vous vous détendiez ou fléchissiez les membres, que vous regardiez autour de vous, que vous enfiliez vos vêtements, que vous causiez avec quelqu'un ou restiez silencieux, [...] _ quoi que vous fassiez, vous devriez être pleinement attentif et conscient de votre acte à l'instant même où il est accompli. Cela veut dire que vous devriez vivre ainsi dans le moment présent, dans l'action présente. Cela ne signifie pas que vous devriez renoncer à penser au passé et à l'avenir. Il vous faut y penser au contraire, mais en relation avec le présent, avec l'action du moment, quand cela est à propos. » (p99) « Attention ou prise de conscience ne signifie pas que vous devez pensez et être conscient : Je fais ceci ou Je fais cela. Non, c'est justement le contraire. Dès que vous pensez je fais ceci, vous devenez conscient de vous-même, et alors vous ne vivez pas dans votre acte mais dans l'idée Je suis. En conséquence votre travail est gâché. Vous devez vous oublier complètement et vous perdre dans ce que vous faites. Dès qu'un orateur devient conscient de lui-même et pense Je m'adresse à un auditoire, son discours est troublé et le cours de ses pensées rompu, mais quand il se perd dans son discours, dans son sujet, c'est alors qu'il est le meilleur, il parle bien et s'exprime clairement. Toute grande oeuvre _ artistique, poétique, intellectuelle ou spirituelle _ est accomplie dans le moment où son créateur est complètement absorbé dans son action, où il s'oublie absolument, où il est débarrassé de sa conscience de soi. » (p100) Les sensations « Il y a, maintenant, une manière de pratiquer le développement mental (méditation) qui concerne nos émotions ou sensations, que celles-ci soient agréables, désagréables ou neutres. Prenons un exemple : vous éprouvez une sensation douloureuse. [...] Tout d'abord, vous devriez apprendre à ne pas être malheureux à propos de vos sensations désagréables, à ne pas vous tracasser au sujet de vos chagrins. Mais essayez de voir clairement pourquoi il y a cette sensation de tristesse, de tracas et de douleur. Essayez d'examiner comment elle apparaît, quelle est sa cause, comment elle se dissipe et cesse. Tâchez de l'examiner comme si vous l'observiez du dehors, sans réaction subjective, comme un savant observe un objet. Ici encore vous ne devez pas la regarder subjectivement comme ma sensation, mais seulement comme une sensation, objectivement. Il vous faut encore oublier cette idée fausse de je. Lorsque vous discernez sa nature, comme elle apparaît, comme elle disparaît, votre esprit devient impartial à l'égard de cette sensation, il devient détaché et libre. Il en est de même pour toutes les émotions, toutes les sensations. » (p101) L'esprit « Nous devons reconnaître que nous sommes très souvent effrayés ou honteux de regarder notre propre esprit. [...] On devrait être assez hardi et assez sincère pour regarder son esprit comme on regarde son visage dans un miroir. Il ne s'agit pas ici d'une attitude critique, de juger et de discerner ce qui est juste et faux ou bien et mal. Il s'agit simplement d'observer, d'être attentif, d'examiner. Ici, vous n'êtes pas un juge, mais un savant qui constate un fait. Lorsque vous observez et discernez clairement la vraie nature de votre esprit, vous devenez impartial vis-à-vis de ses émotions, de ses sentiments, de ses états, vous devenez ainsi détaché et libre et vous pouvez voir alors les choses telles qu'elles sont. » (p102) Sujets moraux et intellectuels « Il y a enfin une forme de méditation qui porte sur les sujets moraux, spirituels et intellectuels. Toutes nos études, nos lectures, nos discussions, toutes nos conversations et nos réflexions sur ces questions, sont incluses dans cette méditation. Lire ce livre-ci et penser profondément aux sujets qui y sont exposés, cela est une forme de méditation. » (p102) « Selon cette forme de méditation vous pouvez ainsi étudier, penser et réfléchir sur les Cinq Empêchements (Nivarana) qui sont : 1. Les désirs sensuels (kãmacchanda) 2. La malveillance, la haine ou la colère (vyãpãda) 3. La torpeur et la langueur (thina-middha) 4. L'excitation et le remords (uddhacca-kukkucca) 5. Les doutes sceptiques (vicikicchã) » (p103) Les Sept Facteurs d'Eveil « On peut méditer aussi sur les Sept Facteurs d'Eveil (Bojjhanga) : 1.
L'attention, c'est-à-dire être conscient et attentif dans
tous les actes, dans tous les mouvements physiques et mentaux.
2. L'investigation et la recherche concernant les divers problèmes sur la doctrine. Sont incluses dans cette rubrique, toutes nos études religieuses, éthiques, philosophiques, toutes nos lectures, recherches, discussions, conversations et même l'assistance à des conférences sur de telles questions doctrinales. 3. L'énergie de travailler avec détermination jusqu'à ce que le but soit atteint. 4. La joie : qualité qui s'oppose absolument à une attitude d'esprit pessimiste, sombre ou mélancolique. 5. La détente du corps et de l'esprit : on ne doit pas se raidir ni physiquement ni mentalement. 6. La concentration dont nous avons discuté plus haut. 7. L'équanimité c'est-à-dire être capable de faire face, avec calme, sans en être troublé, à toutes les vicissitudes de la vie. » (p103)
Chapitre VIII
- La morale bouddhiste et la société
« L'enseignement du bouddha n'est pas seulement destiné aux moines qui vivent dans les monastères ; il s'adresse aussi aux hommes et aux femmes ordinaires qui vivent chez eux avec leur famille. Le Noble Sentier Octuple, la règle de vie bouddhiste, s'adresse à tous sans distinction. » (p105) « On pourrait demander maintenant : s'il est possible de pratiquer le bouddhisme tout en menant la vie d'un laïc ordinaire, pourquoi le Sangha, l'Ordre des moines, a-t-il été fondé par le Bouddha ? L'Ordre des moines fournit l'occasion à ceux qui sont disposés à vouer leur vie, non seulement à leur propre développement spirituel et intellectuel, mais aussi au service des autres. On ne peut attendre d'un laïc ordinaire qui a une famille, qu'il consacre tout son temps au service des autres, tandis qu'un moine, sans responsabilités familiales, sans liens mondains, est en état de consacrer sa vie entière au bien-être de beaucoup, au bonheur de beaucoup, selon le conseil du Bouddha. C'est ainsi qu'au cours de l'histoire, le monastère bouddhiste devint non seulement un centre spirituel, mais aussi un centre d'études et de culture. » (p107) « Si on désire devenir bouddhiste, il n'y a nulle cérémonie à accomplir, nul baptême à recevoir. Si l'on comprend l'enseignement du Bouddha, si on a la conviction que cet enseignement est la voie juste et si on s'efforce de le suivre, alors on est bouddhiste. » (p111) « Le bouddhisme ne considère pas le bien-être matériel comme une fin en soi ; c'est seulement un moyen en vue d'un but _ un but plus haut et plus noble. Mais c'est un moyen indispensable pour atteindre un but plus élevé pour le bonheur de l'homme. Le bouddhisme reconnaît donc qu'un certain minimum de conditions matérielles est favorable au succès spirituel, même lorsqu'il s'agit du moine occupé à la méditation en un lieu retiré. » (p114) « Le Bouddha ne sépare pas la vie du contexte de son arrière-fond social et économique ; il la considère comme un tout, dans tous ces aspects spirituels, sociaux, économiques et politiques. [...] Le Cakkavattisihanada-sutta du Digha-nikãya affirme clairement que la pauvreté (dãliddiya) est une cause d'immoralité et de crimes comme vol, tromperie, violence, haine, cruauté, ... Les rois des temps anciens, comme les gouvernements d'aujourd'hui, s'efforçaient de supprimer le crime au moyen du châtiment. Le Kutadanta-sutta du même nikãya dit combien cela est vain ; il nie que cette méthode puisse jamais être efficace. Le Bouddha suggère, au contraire, de mettre fin à la criminalité en améliorant la condition économique populaire. » (p114) « On voit, par ces exemples, que le Bouddha tenait le bien-être économique pour une condition du bonheur humain, mais qu'il ne reconnaissait pas le progrès comme réel et vrai, si ce progrès était seulement matériel, et privé d'un fondement spirituel et moral. Tandis qu'il encourage le progrès matériel, le bouddhisme insiste fortement sur le développement du caractère moral et spirituel, pour l'établissement d'une société heureuse, pacifique et satisfaite. » (p117)
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